Tout comme Thierry Rondenet, c’est dans leur univers particulier Place du Jardin aux Fleurs, qu’Hervé Yvrenogeau nous reçoit. Ici, un prêt à porter principalement masculin côtoie une collection féminine élégante et représentant le travail de marques européennes de très grande qualité : APC, ACNE, Isaac Reina. A l’instar de son associé, Hervé Yvrenogeau enseigne à La Cambre depuis une douzaine d’années…
Qu’attendez-vous de vos étudiants en quatrième ?
C’est une année charnière, le début de l’autonomie. Ils sont maîtres de leur sujet et choisissent le type de collection qu’ils souhaitent et à partir de laquelle ils doivent construire une dizaine de silhouettes. En marge de leurs cours techniques, je leur donne rendez-vous une fois par semaine pour faire le point sur l’évolution de leur travail. Ils ont l’occasion de synthétiser tout ce qu’ils ont pu apprendre. Ils rentrent dans un processus plus réaliste par rapport au monde de la mode, par la création de différentes pièces, tant artisanales qu’industrielles, et sont appuyés notamment par un cours sur l’industrialisation du vêtement (création d’un patron à remettre au fabricant, par exemple). L’idée est de les amener à préciser leur style, leur personnalité. Ce cursus est très exigeant à plein de niveaux car le métier demande toute une palette de compétences : techniques, finition, gestion des castings, du maquillage, des shootings.
In fine, ils doivent être capables de devenir le directeur artistique de leur collection et de manipuler tout l’univers qui gravite autour du vêtement. L’investissement en personnalité et en temps est énorme !
Le concours des Arts de la Mode à Hyères a donné à votre carrière son impulsion. Les concours sont-ils importants pour les jeunes créateurs ?
Effectivement, j’ai étudié à La Cambre après des études de droit, en section sérigraphie et image imprimée. En troisième année, nous avons formé un collectif entre étudiants pour participer au concours d’Hyères. Il nous a paru intéressant d’associer différentes compétences pour un projet mode commun. Nous avons eu le plaisir de gagner différents prix. De fait, la collection a tout de suite pris de l’ampleur et a été achetée par des japonais.
Une fois diplômés, Thierry et moi avons créé notre propre marque “OWN” et ouvert notre boutique. Les concours sont un très bon tremplin pour les sortants de la cinquième année.
En quatrième, ils ne sont pas encore prêts. Se présenter au concours d’Hyères est incontournable, car il a propulsé pas mal de créateurs. Il offre à ses lauréats une visibilité internationale et l’occasion d’être chassé par un recruteur d’une grande maison, ou de trouver des partenaires pour lancer un nouveau projet.
La Cambre a-t-elle également développé des liens avec un réseau de recrutement ?
Nous avons sans cesse des demandes de recruteurs pour des maisons de luxe et beaucoup d’anciens élèves ont intégré de très grandes maisons. Cela dépend évidemment du type de personnalité. Nous communiquons une liste des élèves intéressants aux bureaux de recrutement ou qui contactent directement Tony en fonction de leurs besoins. Les dernières générations sorties de La Cambre ont trouvé leur place. A notre époque, tout est difficile, mais il faut tenter de garder confiance en soi, d’aller jusqu’au bout de ses envies. Ce métier est une passion avant tout. Et ses débouchés sont nombreux…
Nathalie Kuborn pour La Libre essentielle.


















