Papa ? Où es-tu ? Qui es-tu ?

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Papa ? Où es-tu ? Qui es-tu ?

Il existe très peu d’études scientifiques sur la paternité. Quel est le rôle des pères dans l’éducation ? Le Fonds Princesse Mathilde ouvre un vaste débat.

Pour la fête des mères, mon papa divorcé nous a envoyé des messages pour que nous pensions à notre maman.” Un témoignage de Lucie, du collège Jean XXIII, à Woluwe-Saint-Pierre (Bruxelles). Comme elle, 78 jeunes de 17 à 20 ans de trois classes de rhétorique ont participé, sur Facebook, en classe et en dehors des cours à un atelier sur “La force des pères : partenaires dans l’éducation” mis sur pied par le Fonds Princesse Mathilde.

Les ados ont mordu à l’hameçon, marquant un grand intérêt pour la – vaste – question, malgré le caractère délicat d’aborder ainsi la sphère intime. Il y a eu beaucoup de témoignages et d’expériences de vie, mais peu de débats, souligne-t-on à la Fondation Roi Baudouin (qui gère le Fonds Princesse Mathilde). Des paroles d’ados, qui ne se projettent pas au-delà de leur “père d’ado” et qui reflètent des situations très différentes : des familles classiques, monoparentales, recomposées… Et des images du père très contrastées, pleines d’humour (le papa à la Homer Simpsons), de cynisme ( “pas besoin de père…” ), de violence, parfois, mais aussi de beaucoup de tendresse et d’amour.

Grand point commun entre ces jeunes rhétoriciens : le père doit être présent, même quand la mère éduque seule ses enfants et “se débrouille”. “Que ce soit de sa faute ou non, je lui en veux de ne pas avoir été là, alors je suis d’accord avec Maxime sur le fait que je serai présent pour mes futurs enfants” , dit John, à propos de son père absent. Même si certains élèves, comme Jason, ont un autre avis : “Un père est important dans une famille, mais celui-ci n’est pas pour autant indispensable… En effet, une mère peut très bien remplir les deux fonctions.

Les jeunes décrivent la relation à leur père comme de la connivence et de la bonne complicité mais sans tomber dans le “copain copain”. Ils pointent ce dont ils ont vraiment besoin : l’essentiel, c’est le dialogue, une très bonne écoute de sa part. Il doit mettre des limites, “être capable de dire non, mais chaque non doit être justifié, expliqué” . Le père doit parler avec responsabilité, mais aussi s’amuser, rigoler, dit Cécile : “On doit l’aimer et être fiers de lui tout au long de la vie.

Les qualités d’un papa ? Affectueux, présent, à l’écoute, heureux de vivre, toujours souriant, “éducatif”, respectueux, attentionné, exigeant… Entre autres.

Reste que la répartition des tâches familiales vue par la majorité de ces jeunes révèle une approche très classique – voire carrément macho chez certains – des rôles du père (qui travaille, rapporte l’argent à la maison…) et de la mère (qui reste au foyer, s’occupe de l’éducation…). Pour d’autres, les accidents de la vie et l’expérience ont balayé cette vision : “Un père peut lui aussi assumer les deux rôles et assumer seul l’éducation de l’enfant, j’en suis la preuve vivante , assène Julie. Et je pense que lorsque c’est le cas, ce père est encore plus respectable car c’est sans doute plus dur pour un père d’élever un enfant seul et de s’occuper seul d’un foyer que pour une mère.

Après les jeunes, parole aux experts, réunis lundi en plusieurs ateliers de réflexion : pères et familles, pères et naissance, pères absents… “Les enfants savent ce qu’ils attendent d’un père mais les pères ne savent pas ce qu’on attend d’eux. Les références des rôles du père et de la mère sont devenus plus vagues, reflétant les changements de société : les pères ne savent pas eux-mêmes ce que veut dire la paternité. Le père ne sait plus où est son rôle” , résume la princesse Mathilde, rapporteuse d’un des groupes de travail.

Pour le professeur Peter Adriaenssens, qui préside le comité de gestion du Fonds Princesse Mathilde, la position du père dans la famille reflète le changement “très complexe” de la société et des familles. Il regrette la quasi-absence d’études scientifiques sur la position des pères et la paternité . Toutes les expériences montrent pourtant que la participation précoce du père dans l’éducation des enfants améliore leurs résultats scolaires.

Il faut investir dans la recherche sur cette question, insiste-t-il . On est informé en continu sur l’évolution des ados mais il n’y a rien ou presque sur les pères. Je suis frappé de voir le nombre de messages sur les problèmes de l’érection, mais rien sur ceux de la paternité…

Le pédopsychiatre se réjouit que la Fondation Princesse Mathilde ait pu mettre la force des pères en évidence.

Annick Hovine pour La Libre Belgique

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