Victoria & Albert Museum : British design à l’honneur

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Victoria & Albert Museum : British design à l’honneur

Pour les JO, le V&A Museum à Londres retrace le design anglais depuis 48. Un parcours réjouissant, de la tradition au punk échevelé.

Qu’est-ce qui fait qu’on aime tant les Anglais ? Une épatante expo à Londres, au Victoria&Albert Museum (V&A), permet de répondre à cette question. Elle fait partie des expos que les musées londoniens proposent pour les Jeux olympiques. Chacun montre une facette de la créativité anglaise : Damien Hirst à la Tate, Picasso et son influence sur les Anglais à la Tate Britain et le design anglais au V&A. Près de 400 objets, photos, extraits de films qu’on découvre avec un grand plaisir. Ils retracent l’histoire du design anglais de 1948 à 2012, c’est-à-dire des JO de 48 à Londres à ceux de cet été.

1354301-attractionimageLe secret des Anglais est là : un sens de la tradition, du passé et, mêlé à cela, une formidable liberté d’inventer, une audace jouissive. Le “Swinging London“, le mouvement punk, les petites robes de Mary Quant, la Mini historique, que demander d’autre ?

Le parcours est divisé en trois chapitres. Le premier étudie les tensions entre tradition et modernité. Elles se manifestent après la guerre, en période de reconstruction. On voit se côtoyer la tradition absolue incarnée dans la cérémonie du couronnement d’Elisabeth II avec les photos magnifiques que Cecil Beaton prit de la jeune Reine. Mais, déjà, le ver de la subversion était dans le fruit, comme en témoignent les architectes utopistes et délurés d’Archigram. Tout est encore bien sage. Puis, tout va exploser dès la fin des années 50.

Le “Swinging London” arrive avec Carnaby Street et les Mini rouges lancées en 1959 (et leur faisant contrepoint, cette auto incroyable et baroque avec son nez long comme celui de Cyrano : la Jaguar Type E, lancée en 1961). Les femmes portent les minijupes Mary Quant qui a ouvert sa boutique Bazaar sur King’s Road dès 1955. Les mannequins s’appellent la Shrimp ou Twiggy, filiformes déjà avec leurs jambes interminables. Londres inventait les top modèles, les Beatles et les Rolting Stones.

Ce côté subversif s’est prolongé jusqu’aujourd’hui. Londres a été et reste encore par certains côtés un bastion de la contre-culture, mais aussi de sa récupération par les milieux branchés. Toute une partie de l’expo est consacrée au mouvement punk avec les vêtements hautement subversifs de Vivienne Westwood et Malcolm McLaren, avec Jamie Reid créant le célèbre poster des Sex Pistols où la Reine a les yeux et la bouche cachés comme dans une prise d’otages (notre photo). On revoit avec stupéfaction la tenue extravagante de David Bowie chantant dans une barboteuse de bébé en tricot créée par Yamamoto. Ou Brian Eno affublé d’une tenue noire avec de grandes plumes, créée par Carol McNicoll.

Parmi les extraits de films projetés, on revoit “Blow Up” d’Antonioni qui se passe à Londres avec ce face-à-face célèbre et sexuel entre le photographe (David Hemmings) et son modèle (Vanessa Redgrave). La fantaisie est partout, comme dans cette chaise d’Allen Jones (1969) faite d’une femme pliée en deux et sur le dos (notre photo). Comme aussi les robes d’Alexander McQueen et de John Galliano. On découvre le projet de robe en forme d’œuf en tulle d’Hussein Chalayan et la reconstruction à l’expo d’une partie de la pharmacie-restaurant-bar de Damien Hirst. Un bar est au milieu des armoires de pilules et des sièges en forme de cachets d’aspirine.

L’expo propose aussi les meilleurs clips des groupes rock, dont celui hilarant de Damien Hirst, sur un morceau de Blur avec des cochons lâchés dans l’Angleterre la plus “constipée”.

La troisième section de l’expo montre que la créativité anglaise a pu se porter aussi vers les hautes technologies et l’architecture. Si cette partie est moins excitante que les facéties des punks, elle est éclairante; la créativité est un flot qu’il ne faut pas canaliser. Les folies des artistes et designers irriguent aussi les ingénieurs pour le plus grand profit de l’économie anglaise. Cela donne, à l’expo, une grande maquette du Concorde, le dessin par Jonathan Ive de l’iMac d’Apple, la création de jeux vidéo et les tours les plus audacieuses d’Europe avec le 30 St Mary Axe de Foster en 2004 (le suppositoire), le nouveau London Aquatic Center pour les JO de Zaha Hadid, en forme de tapis volant, et la tour la plus haute d’Europe en voie d’achèvement, “The Shard”, de Renzo Piano, un immense “éclat” de diamant qui change le paysage de Londres.

Londres, c’est cela : la persistance d’une insularité avec ses traditions, et en même temps une incroyable ouverture à la nouveauté et à l’invention.

Auteur : Guy Duplat

PLUS D’INFORMATIONS :

British Design 1948-2012, au V&A Museum jusqu’au 12 août. Avec Eurostar, Londres est à 2h seulement de Bruxelles. Réservations sur le site !

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par Serge Ducas

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