“Passagers pour la réalité augmentée, en voiture…”

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“Passagers pour la réalité augmentée, en voiture…”

Lentement, la Douce sort de la bande dessinée dont elle est le sujet, par la page de garde de la couverture. Littéralement. En trois dimensions. Sur l’écran d’ordinateur, la mythique locomotive à vapeur de la SNCB s’aventure hors de son hangar, glisse sur les rails, puis prend de la vitesse, tandis que défilent montagnes, prés et maisons qui se créent au fur et à mesure du parcours. Bienvenue dans le monde de la réalité augmentée.

L’expérience, bluffante, est le fruit de la collaboration de l’auteur de bande dessinée François Schuiten et de la société Dassault Systèmes (DS), conceptrice de logiciels de 3D, permettant notamment de réaliser maquettes industrielles numériques. Cest aussi Dassault Systèmes qui a réussi à percer le mystère de la construction de la pyramide de Kheops.

Le Belge et les Français étaient entrés en contact pour un projet relatif à Marseille capitale culturelle 2013. Sans parvenir à accoucher de quelque chose de convaincant.

François Schuiten parle alors à Dassault Systèmes du livre qu’il prépare sur la Rolls Royce des locomotives à vapeur. La préservation du patrimoine industriel par la digitalisation est justement une des activités de la société française. La réalité augmentée est en marche. “Au départ, je rêvais juste de voir la locomotive en 3D”, rappelle François Schuiten. Le résultat, fruit de quatre mois de travail, dépasse de loin ses espérances. “C’est un voyage dont le lecteur devient metteur en scène”.

Dix ingénieurs ont travaillé à la modélisation de la Douze, pour Cockerill, où fut crée la machine originale, à la fin des années 30 – en quelque sorte le core business de Dassault Systèmes, rappelle Mehdi Tayoubi, responsable de la recherche digitale chez Dassault Systèmes. Cinq autres se sont spécifiquement consacrés à faire voyager la locomotive, en trois dimensions.

Si Dassault Systèmes s’est inspiré de l’univers graphique de Schuiten, lui-même n’a réalisé aucun dessin spécifiquement pour ce projet. “Le but n’était pas de le copier, mais de récréer son monde par des dessins virtuels”, commente Muriel Deschamps, qui travaille à la conception industrielle en 3D chez Dassault Systèmes.

Parvenir à satisfaire l’exigeant dessinateur n’a pas été chose aisée. “Le plus difficile à gérer, ça a été les contraintes graphiques et les contraintes de modélisation. Ça a été difficile pour nous de comprendre comment François Schuiten travaille, par exemple, les hachures de son dessin, les ombres. Il voit des choses que nous ne voyons pas, comme une fenêtre de maison qui n’est pas aux proportions de la porte”, poursuitMuriel Deschamps.

“Nous voulions démontrer que le papier et le digital sont complémentaires”, ajoute Mehdi Tayoubi.

De quoi changer la face de la bande dessinée ? On n’en est pas là. “Ça nous a inspirés d’autres projets. Rebondir sur les nouvelles technologies pour nourrir l’imaginaire, ça fait aussi partie du métier d’éditeur”, glisse toutefois Louis Delas, administrateur délégué de Casterman, l’éditeur de François Schuiten. De là à imaginer que cette technologie pourrait être appliquée à des cases, à des pages, permettant à des personnages de bande dessinée de s’évader du livre et de vivre une existence virtuelle, il n’y a qu’un pas. François Schuiten, toujours en quête d’innovation se dit “surpris par les potentialités” de la réalité augmentée.

Chez Casterman, on refuse de dévoiler ses cartes, mais on laisse entendre que certains projets sont prêts à sortir des cartons, tandis qu’à Dassault Systèmes, on se montre peu disert sur le sujet. Si ce n’est pour sousentendre que la bande dessinée n’est pas l’activité principale de l’entreprise, sans nécessairement fermer la porte à de nouvelles expériences.

Néanmoins, Louis Delas assure que “beaucoup d’auteurs Casterman, et pas seulement les jeunes férus de nouvelles technologies vont vouloir s’aventurer dans ces nouveaux territoires d’expression”. Un connaisseur du monde de l’édition tempère et doute que le procédé se généralise : “Ce genre d’expérience coûte quand même très cher. Ici, il s’agissait d’un partenariat, qui permet à Dassault Systèmes de faire connaître sa technologie”.

Olivier le Bussy pour La Libre Belgique.

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