De jeunes talents, des sociétés de production ambitieuses, des festivals et bientôt, l’ouverture d’un Comedy club… Tous les ingrédients sont présents pour donner un nouvel élan à l’humour en Belgique francophone.
En France, l’humour fait recette. Chez nous, on ne présente plus François Pirette, Les Frères Taloche et Marc Herman. Depuis de nombreuses années, ces barons de l’humour se partagent le haut de l’affiche mais peu de nouveaux noms sont venus s’ajouter. « Il a fallu plus de dix ans pour voir apparaître la relève », constate Gilles Morin, l’un des fondateurs de la société bruxelloise de production Kings of Comedy. « L’ancienne génération s’était autogérée. Il n’existait donc pas de structure professionnelle pour soutenir les jeunes humoristes dans leurs démarches artistiques », avance Gilles Morin.
Avec la création de Kings of Comedy en 2009, une étape importante a été franchie. Très vite, la société a signé avec Alexis. Ensuite, Kody, Walter et les autres sont venus s’ajouter. Gilles Morin souligne qu’ensemble, ils ont généré «une alternative pour la jeune génération qui considérait l’humour comme quelque peu ringard ».
UN MARCHÉ EN MUTATION
Le chemin avant d’atteindre la reconnaissance est parfois bien long pour les jeunes humoristes. Avec sa double casquette d’artiste et de producteur, Vincent Taloche, fondateur de Corniaud and Co est bien placé pour le constater : « Que ce soit en Belgique, en Suisse ou en France, les gens sont prêts à débourser de l’argent pour voir des humoristes reconnus. Par contre, la découverte est extrêmement difficile. Au festival VooRires, certains artistes inconnus étaient pour nous des coups de cœur mais nous avons ramé pour convaincre les gens d’acheter une place ».
Le taux de rentabilité d’un spectacle vivant est en perte de vitesse. Loin d’être effrayé par ce contexte de crise, les Kings of Comedy sont parvenus à tirer leur épingle du jeu. Concrètement, les Kings of Comedy sont actifs sur Internet et les réseaux sociaux. Ils planchent notamment sur le lancement d’un portail dédié 100% à l’humour. Alex Vizorek, Kody, Jérôme de Warzée et James Deano, tous membres de l’écurie Kings of Comedy, animent Les enfants de chœur sur Vivacité. La société de production a également monté une académie afin d’initier les jeunes aux rudiments du métier. Et puisque rien ne semble échapper à ses « tentacules », elle se devait de créer son propre festival, le Brussels Comedy Festival, dont la seconde édition est programmée du 29 avril au 7 mai.
LA FRANCE, UN PASSAGE OBLIGÉ ?
Malgré ce nouvel élan en Belgique, le plus efficace pour se faire un nom est de réussir sur la scène française. Une situation que Patricia Bonnaventure, propriétaire du Théâtre d’humour Le Koek’s à Koekelberg, regrette : « Nous avons de beaux talents en Belgique mais nous ne savons pas suffisamment pas les garder. Beaucoup d’entre eux ne restent pas, ils partent tenter leur chance à Paris. C’est dommage».
Gille Morin va jusqu’à affirmer que le public belge a besoin d’une période de validation à Paris avant de reconnaître le talent des nouveaux humoristes. Walter qui émerge à Europe 1 et France 2 ou encore Alex Vizorek en sont de bons exemples.
Vincent Taloche, quant à lui, est plus nuancé. « Il n’est pas indispensable de percer en France pour être reconnu. François Pirette en est la preuve. Cependant, pour être franc, je pense que tous les humoristes rêvent de travailler un jour en France ». Ce rêve, lui et son frère, sont parvenus à le concrétiser. C’est ce qui leur permet de jouer 300 à 400 fois le même spectacle sans pour autant avoir écumé toutes les scènes françaises. Un avantage non négligeable, selon Patricia Bonnaventure qui souligne qu’il n’existe pas suffisamment de lieux dédiés à l’humour à Bruxelles.
Par ailleurs, le marché belge reste trop restreint pour assouvir l’ambition de la nouvelle génération de l’humour. C’est la raison pour laquelle Gilles Morin a fait délibérément le choix de ne pas produire de spectacles aux tonalités régionalistes : « Le spectacle doit pouvoir s’exporter. Il est, par exemple, malvenu d’utiliser l’accent belge comme marque de fabrique».
Mais Gilles Morin en est convaincu : un vent de créativité souffle sur notre pays alors qu’il a quelque peu quitté l’Hexagone : « La Belgique est encore trop modeste et pourrait faire de l’ombre au marché français », affirme le producteur. Qui pourra le contredire ? En Belgique aussi, « On ne demande qu’à en rire » !
Manon Libert pour la Tribune de Bruxelles et Essentielle.be.
EN SAVOIR PLUS :
Nul besoin de prendre le Thalys pour faire le plein de rires. Notre capitale possède également quelques bonnes adresses. Entre convivialité et découverte artistique, ces scènes comiques proposent un large choix de spectacles.
292, Chaussée de Jette à Koekelberg.
99, Boulevard Lemonnier, Bruxelles Ville.
396-398 galeries de la Toison d’Or, Ixelles.
124 B, Rue des deux gares, Anderlecht.
12, Rue Père Eudore Devroye, Etterbeek.
Le Centre culturel d’Auderghem
183, Boulevard du Souverain, Auderghem.
Mais aussi : Gilles Morin, fondateur de Kings of Comedy, révèle l’ouverture prochaine d’un Comedy Club aux alentours du cimetière d’Ixelles. La date d’ouverture devrait coïncider avec le début du Brussels Comedy Festival, soit aux environs du 29 avril.











