Lisette Model en résonance

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Lisette Model en résonance

Une mise en perspective nouvelle de la photographe américaine chez Keitelman.

Voici exactement dix ans, chez Maurice Keitelman, rue de la Paille, on avait déjà pu admirer une partie du bel ensemble de photographies de Lisette Model, exposé en ce moment dans la nouvelle galerie d’Avi et Valérie Keitelman, à la rue Van Eyck. On se réjouissait alors de voir exposé le travail d’une “figure historique de la photographie du XXe siècle”. Une célébrité, certes, si l’on s’en tient aux livres d’histoire de la photographie, qui n’omettent pas son nom; mais en fait une “célèbre inconnue” si l’on considère la mise en perspective riche d’enseignement de cette nouvelle exposition.
Sous le judicieux intitulé “Résonance”, on retrouve évidemment les échos de la vie d’une jeune fille qui se dédiait, au départ, à la musique. À 19 ans, elle avait, en effet, commencé à fréquenter les cours d’un Arnold Schönberg dont elle gardera un grand souvenir toute sa vie. En 1933, à l’âge de 32 ans, traversant une mauvaise passe, elle perdit la voix. Elle se dirigea alors vers la photographie, mais sans jamais vraiment rompre avec cet amour de la musique. Cela saute aux yeux, pas seulement par les sujets comme les chanteurs de jazz et autres saltimbanques du Lower East Side, mais par le rythme de ses compositions, ainsi que par un art consommé de la dissonance.
Au-delà de la musique, l’œuvre de Lisette Model “résonne” aussi des photographes comme André Kertész (dont la femme l’initia à la prise de vue), comme Rogi André, Germaine Krull et Florence Henri (tous chantres de la modernité) ou encore Weegee, qu’elle côtoya, à son grand déplaisir, dans les quartiers chauds de New York. Il est vrai qu’elle avait un caractère abrupt, qui ne lui valut pas que des amis. Un galeriste, à qui un admirateur suggérait de lui consacrer une exposition, avait demandé “Tiens, elle est décédée ?”. Comme ce n’était pas le cas, il avait conclu par un définitif “Eh bien, on attendra qu’elle soit morte !”.

La “street photography”

Ceci dit, ceux qui étudièrent auprès d’elle – notamment Diane Arbus ou Larry Fink – apprirent énormément. Ils renvoyèrent à leur tour l’écho de cette mélodie de la rue – qu’elle saisissait si bien sur la Promenade des Anglais, à Nice, ou dans son quartier de New York – et qu’on a par la suite dénommé la “street photography”.
La “résonance” la plus frappante dans cette exposition est celle qui nous ramène à un magnifique tableau d’Evsa Model, son peintre de mari, bien connu de son vivant, très proche d’artistes comme Piet Mondrian, Fernand Léger ou Mark Rothko, et tombé dans l’oubli très longtemps. Un artiste que la galerie Keitelman tient à faire redécouvrir et dont les préoccupations modernistes renvoient dans des couleurs franches à celles, tout en noir et blanc, des tirages (vintage !) composant l’œuvre inimitable de sa femme.

Jean-Marc Bodson (La Libre Belgique)

EN SAVOIR PLUS :

“Résonance”, photographies de Lisette Model. Bruxelles, Keitelman Gallery, 44 rue Van Eyck. Jusqu’au 28 janvier, du mardi au samedi de 12h à 18h. www.keitelmangallery.com

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