Paradoxe : homo anti-homo
Paradoxe : homo anti-homo
Etre gay et rejeter ses semblables.
Malgré l’ouverture et la tolérance envers les homosexuels dans notre société, l’homophobie existe malheureusement encore bel et bien. Résultat dû aux préjugés et à l’ignorance de certains. Mais quand l’on est gay et homophobe, comment faire face à cette situation paradoxale ? Le point avec Anne-Chantal le Polain, psychologue et consultante à l’Espace Parentalité de l’Association Françoise Dolto.
Comment peut-on être homophobe en étant homosexuel ?
Cette apparente contradiction n’est pas si surprenante ! En effet, c’est parfois difficile de supporter ceux qui nous ressemblent de trop. C’est comme si on se retrouvait devant un miroir grossissant. Certains homosexuels reconnaissent chez d’autres homosexuels les mêmes désirs mais aussi les mêmes failles, les mêmes manques, les mêmes insatisfactions d’où une certaine “homophobie”.
Pour quelles raisons ? Est-ce que cela pourrait être le fait que la personne n’assume pas inconsciemment son identité sexuelle ?
Il y a des homosexuels qui sont particulièrement en recherche d’identité. Pour eux, “devenir véritablement un homme ” ou “devenir une femme” passe par des relations amoureuses et parfois sexuelles avec une personne de leur sexe fort idéalisée et appréciée. Certains hommes en quête narcissique vont chercher “un homme, un vrai” et des femmes vont souligner avec envie “la beauté, la féminité de leur partenaire”. Ce type d’homosexualité, assez souvent observée à l’adolescence, pourrait constituer un passage vers l’hétérosexualité. Ce refus d’être taxé d’“homosexuel” est donc compréhensible afin de ne pas être figé sous cette étiquette qui, de surcroît, a beaucoup d’implications au niveau social. Certains ont du mal à intégrer leurs tendances homosexuelles car elles ne correspondent pas aux attentes de la société. C’est difficile de ne pas être dans la norme, d’être atypique, de décevoir ses parents, etc.
Est-ce que cet auto-rejet pour sa sexualité peut être dû aux clichés véhiculés par les films, les médias au sujet des homos ?
Certainement ! Dans notre culture, l’homosexuel masculin a souvent été présenté comme une caricature un peu grotesque de la femme alors que certains sont très virils et ne prêtent pas à sourire. Dans la Grèce antique, l’homosexualité était assez courante et ne semblait pas dévalorisée. Cet auto-rejet pour sa sexualité peut aussi avoir des origines inconscientes profondes. Je m’explique. Les attirances homosexuelles qui sont présentes chez tous les enfants sont normales. L’enfant aime le parent du sexe opposé mais également celui du même sexe que lui. Cet amour pour le parent du même sexe va finalement se transformer en identification motivée par le désir de plaire au parent du sexe opposé. Ainsi, l’enfant construit sa personnalité et son identité sexuelle. C’est ce que les psychologues ont appelé le complexe d’Œdipe. Chez certaines personnes, du fait d’un complexe d’Œdipe atypique, les tendances homosexuelles restent assez actives bien que non reconnues et acceptées. Elles sont source de conflits.
Quels conseils pourriez-vous donner aux personnes qui se retrouvent dans ce cas ?
Quand les tendances sexuelles sont difficiles à assumer, c’est intéressant de pouvoir en parler à un professionnel. Faire un réel travail d’élaboration psychique permet de clarifier ses aspirations parfois très contradictoires, d’être aidé à poser des choix justes pour soi, pour ensuite les assumer.
Aurore Dister
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