Aux origines d’un mythe olfactif
Aux origines d’un mythe olfactif
Signé Laura et Alexandre Fronty, Chanel no 5, un parfum d’éternité revenait hier soir sur La deux (à revoir pendant sept jours sur RTBF.be/revoir) sur le mythe imaginé par Gabrielle Chanel en 1921, un No 5 presque centenaire qui, pourtant, se maintient toujours à l’heure actuelle no 1 des ventes.
Les deux documentaristes tentent de mettre au jour les raisons d’un succès qui ne s’est jamais tari, pour la marque aux deux C entrelacés. Car la fragrance numérotée se maintient non seulement no 1, mais bien au-dessus de tous les autres parfums !
Elizabeth de Feydeau, historienne des parfums le précise elle-même : lors de tests à l’aveugle, le No 5 est rarement choisi, sa senteur ne fait pas l’unanimité. Bref, on choisit le No 5 pour ce qu’il représente. Ce qu’il cristallise, à travers son flacon, en fait un choix évident, pour les femmes d’aujourd’hui, comme pour la gent féminine des Années folles.
Il faut dire que lorsque le parfum est créé au tout début des années 20, il fait figure de révolution olfactive. Les senteurs de rose, très fraîches, vont à la rencontre d’un public féminin qui rêve de renouveau après le conflit mondial très meurtrier. La rose et le jasmin se mêlent en une eau forte et à la fois très abstraite. L’histoire raconte que Mlle Chanel se déplace un jour à Grasse, où on lui fait sentir plusieurs tonalités florales – l’odeur de rose est tout à fait dans l’air du temps à l’époque, mais ce n’est pas cela qui fait son succès. Chanel, elle-même, incarne la femme moderne, dont le désir d’émancipation sommeille. Et le parfum qu’elle crée suggère aussi tout ce que les femmes mettent dans l’image de la marque. Ce jour-là, à Grasse, elle choisit l’éprouvette numérotée 5 et le mythe survient.
Le nez qui l’aide dans la création du jus, craignant de voir les senteurs s’éteindre au fond du flacon, injecte au mélange odorant des aldéhydes, composant puissant, utilisé jusqu’alors en parfumerie, et dont la propriété est de nettoyer les formes olfactives, tout en leur donnant stabilité et puissance de fond. Le parfum prend tout à coup cette tonalité abstraite et se fait le parfum d’une époque, réponse artistique parfumée à l’art abstrait, qui en est à ses débuts.
Succès de son temps, le parfum n’a jamais perdu son magnétisme. Les GI en rapportent à leur fiancée, après avoir libéré Paris. Quant à Marilyn Monroe, elle ne porte que lui pour dormir. Autant dire que beaucoup d’hommes ont dû offrir No 5 à leur femme en imaginant pouvoir trouver leur Marilyn à eux dans leur lit. Et qui dit mythe, dit héroïnes ! De Catherine D. à Nicole K., la marque a su surfer sur la vague de ce parfum qui sied autant aux femmes glamour qu’aux femmes libérées. Sans doute le No 5 prouve-t-il ainsi qu’on peut être les deux.
Aurore Vaucelle
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