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Michèle Bernier, la cinquantaine décomplexée

Michèle Bernier, la cinquantaine décomplexée

En digne fille du professeur Choron, Michèle Bernier s’est fait une place dans le cercle des maîtres de l’humour noir français. Reconnue pour ses one-woman-show, notamment le “Démon de Midi” où elle abordait les questionnements de la quarantaine, elle tourne en France avec son dernier spectacle : “Et pas une ride”. Rencontre avec une cinquantenaire décomplexée et fière de l’être.

Michèle Bernier nous parle de son spectacle – La Libre.be
Michèle Bernier – son nouveau spectacle en DVD

Mots-clés : bernier humour

Comment était la vie de la fille du Professeur Choron, lorsqu’elle avait dix ans ?

Que du bonheur ! (rires). Je suis contente que vous m’en parliez car j’adore évoquer la mémoire de mon père : Georget Bernier. Il y avait une certaine complicité entre lui et son personnage, mais il y avait aussi de la distance au privé.

J’ai eu une enfance plutôt rock ‘n roll, même si je ne me rendais pas bien compte de ce qui se passait. La vie de bohème entre la volonté de refaire le monde et les difficultés d’agir car nous étions continuellement fauchés. Adolescente, j’étais fière d’être « fille de… ». Mes copines ne me croyaient pas. Je devais leur montrer ma carte d’identité. Là, c’était grande classe.

Comment a-t-il pris votre souhait de devenir avocate ?

Il a dû se dire que ce serait bien pour moi, mais aussi pour la bande d’allumés qui l’entourait, vu le nombre de plaintes et de procès qui leur tombaient dessus. Il n’avait pas d’attentes particulières pour sa fille, mais il lui voyait un destin national, peu importe ce qu’elle eut entrepris.

J’aurais pu être bouchère, mais à ses yeux, je serais devenue la plus grande bouchère de France. Il avait d’ailleurs confiance en moi quand j’ai annoncé que je quittais la fac
pour les planches.

Votre fille aspire à une carrière de musicienne. Est-ce attendu de se donner le virus d’une génération à l’autre ?

Le milieu artistique est particulier, attrayant ou repoussant pour celui
qui grandit à l’intérieur. Il y a ce côté grisant à rencontrer les gens connus, la vie alternative, etc. Je comprends que l’on puisse être soit attiré par cette vie, soit complètement dégoûté…

Peut-on faire aujourd’hui ce que faisaient les comiques de son époque ?

Cavanna m’a un jour expliqué qu’ils ne pouvaient pas faire ce qu’ils faisaient, mais qu’ils le faisaient quand même. C’était une société plus fermée. Depuis, les humoristes se sont succédés – Desproges, Averty, Gotlieb, Coluche…– bousculant au fil du temps des interdits qui font aujourd’hui sourire.

Le changement des quinze dernières années, c’est l’émergence d’un rire au féminin, fondamentalement différent du rire masculin.

Que voulez-vous dire ?

 Le rire masculin se nourrit de l’extérieur. L’humoriste construit ses numéros en s’inspirant de ce qu’il entend, lit ou voit autour de lui.

Une femme part davantage de ses réalités. Il faut certes nuancer, mais une humoriste ne va pas craindre de s’appuyer sur son vécu pour ses spectacles.

Quelle est la part de vécu dans vos spectacles?

On n’est pas dans l’autobiographie complète, mais il y a une part d’histoire personnelle. J’écris mes spectacles avec Marie-Pascale Osterrieth qui est Liégeoise par ailleurs. Notre histoire, mais aussi celles d’amies et connaissances nous servent d’inspiration.

Le rapport à la pudeur est toutefois important. Vous ne pouvez pas tout dire car la scène n’est pas une thérapie. J’hésitais par exemple à évoquer la mort de mes parents dans le spectacle, mais Marie-Pascale m’y a poussé.

On qualifie votre dernier spectacle de révolte contre la dictature de la jeunesse et de la beauté. Vous êtes d’accord ?

C’est un des sujets abordés. Cette nécessité de rester éternellement jeune me fatigue. L’image de la femme que les magazines proposent me désespère. Cette obligation de gommer la première ride et le kilo de trop m’énerve profondément.

À 30 ans, il faut en paraître 15; à 50 il faut avoir l’air d’une étudiante. Et vous devez culpabiliser si vous n’êtes pas comme le modèle. Y’en a marre !

Est-ce différent pour un homme ?

Autrefois, cette pression ciblait davantage les femmes. Aujourd’hui, les hommes sont dans le même bateau.

Le spectacle aborde aussi la crise de la cinquantaine, une période particulière pour une femme et un homme ?

C’est l’âge où j’ai perdu mon père, et cela m’a profondément chamboulée car j’avais une relation très fusionnelle avec lui. Mais c’est aussi une période où vos enfants quittent la maison. Moi, le baby blues, c’est à 50 balais que je l’ai connu. Ce fut également un choc.

Votre regard reste pourtant optimiste ? Mon métier est de faire rire. Je termine le spectacle sur le pardon, qui n’est rien d’autre que faire la paix avec soi-même. Je pardonne à mon père d’être mort trop tôt. J’en voulais terriblement à mes parents de m’avoir laissée seule. Je me suis rendue compte que j’en voulais à tout le monde : mes ex, mes enfants, mes professeurs… Mais on étouffe de ne pas pardonner ! On reste dans le ressentiment. Quand on pardonne, on se libère et l’on se sent mieux.

Une manière de tourner la page ?

Une manière d’être bien surtout avec soi même. C’est d’abord cela le rire.

Propos recueillis par René Sépul pour La Libre Essentielle.

Extraits du spectacle de Michèle Bernier – La Libre.be
Michèle Bernier – son nouveau spectacle en DVD

Mots-clés : bernier humour

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